法国汉学家访问思想国谈警惕中国民族主义

Publié le par Peiyun Xiong

思想国纪事

        
     2005年2月5日,法国著名汉学家兼外交官C先生*访问思想国网站并就《
20世纪流血,21世纪流汗——我看胡适鲁迅启蒙及民族主义》一文发表评论,提醒国人警惕极端民族主义,兹录如下。藉此机会,思想国网站特向热情睿智的C先生及所有关心中国未来与世界和平的国际人士表示诚挚的感谢!
         

    附录原文:
     Peiyun, félicitations pour ce blog qui est, je crois, unique en France. Sur le nationalisme, deux petites remarques pour faire progresser la réflexion :
 

    1. historiquement, la formation de l'Etat-Nation en Europe au XIXe siècle, appuyée comme tu le dis dans ton papier sur l'attachement à la langue et à la culture dans des Empires pluri-ethniques et pluri-culturels (comme l'empire des habsbourgs), a été un progrès. Le mouvement du 4 mai 1919 en Chine avait été largement inspiré de ces expériences européennes, avec le rejet des mandchous et des japonais, la nécessité de créer une nouvelle culture chinoise, déjà l'expression de la renaissance, Hu Shi, etc... La république de Nankin (1927-37)a été la forme étatique la plus aboutie de cette expérience nationaliste, malheureusement écrasée sous les bombes japonaises et l'incapacité du Guomindang d'envisager un multipartisme dans le cadre du Front Uni : l'échec au final de l'incident de Xian est, à mon avis, le symbole de la faillite démocratique de cette période.
 

    2. Mais aujourd'hui l'Etat-Nation est-elle la forme politique adaptée à la renaissance de la Chine ? Personnellement, je ne le crois pas, et, contrairement à ce que tu dis, la montée du nationalisme que beaucoup d'observateurs étrangers ressentent en Chine est dangereuse, pas seulement pour le monde extérieur, mais pour la Chine elle-même. Beaucoup de jeunes étrangers qui vivent aujourd'hui en Chine sont choqués par les insultes raciales à leur encontre ; cet ultra nationalisme populaire (qu'on sent bien au cours des matchs de football ou pendant les jeux olympiques) est de plus instrumentalisé par une partie de l'appareil politique dirigeant ; je suis de ceux qui pensent que le falun gong (comme les yihe tuan il y a un siècle) surfe sur cette vague ultra nationaliste ; et il est de la responsabilité des intellectuels chinois de dénoncer les esprits étroits, frileux, xénophobes, et de rappeler qu'il existe une autre Chine, ouverte, hospitalière, cultivée grace aux interactions avec les autres, le plus bel exemple étant la Chine des Tang ou celle du début des Ming.
   

    D'ailleurs, une réflexion pourrait être engagée sur le point de savoir si "Zhongguo" est un "Etat" ou l'idée d'un monde ; j'ai lu il y a quelques années un papier extrêmement intéressant d'un jeune universitaire de Beida qui expliquait que le terme "Zhongguo" n'est apparu qu'au début du 20e siècle comme abbréviation de "Zhonghua Minguo" ; à ce titre, ton néologisme de "tianxia zhuyi" est extrêmement pertinente ; et on peut penser que parmi la population la plus "éclairée" aujourd'hui, l'attachement au "tianxia", à l'idée que la Chine est porteuse d'une vision du monde (et pas seulement d'elle-même), qu'elle est porteuse de =valeurs universelles=, cela est encourageant pour l'avenir ; simplement, j'ai le sentiment que cette vision est encore minoritaire, et qu'il y a encore énormément d'efforts à consentir sur le plan de l'éducation des jeunes pour contrer les instincts bien moins sympathiques de la foule xénophobe. Enfin, pour conclure, un mot sur l'organisation politique du développement économique ; il y a aujourd'hui un vaste débat pour analyser et comprendre comment un pouvoir non démocratique est parvenu à créer tant de richesse en Chine. L'une des pistes est qu'en réalité, le pouvoir n'a rien fait, ou plutôt a renoué avec la tradition du "wu wei" depuis 1979 et surtout depuis 1991/92 (depuis le nanxun de Deng à Shanghai). Les marxistes diraient que les forces productives ont été "libérées" ; seul le champ politique demeure proscrit de cette libération, mais ton journal comme d'autres font oeuvre utile pour étendre le débat sur des thèmes relativement neutres pour l'appareil dirigeant. Ce "wu wei" dans la sphère économique s'accompagne d'une vaste décentralisation (et donc de l'affaiblissement du "zhongyang", de l'Etat central), si bien qu'aujourd'hui on ne peut plus vraiment parler d'une seule Chine, mais d'un monde chinois composé de multiples Chines (quoi de comparable entre Shanghai et le Ningxia ?).
  

    Cette multiplicité est porteuse de démocratie, comme d'ailleurs l'est la construction européenne aujourd'hui où les Etats-Nations du XIXe siècle sont désormais contraints à partager leur souveraineté. Les véritables Etats-Nations chinois ne seraient-ils pas alors les anciennes "jiu zhou", et la Chine n'évoluerait-elle pas dans une forme de fédération ou de confédération politique, garante de l'unité de sa vision du monde, de sa langue, de sa culture ? Si tel était le cas, alors les intellectuels chinois ont toute latitude pour commencer à penser l'organisation démocratique de ce nouveau monde. Mais pas sur la base du modèle périmé et dangereux d'un ultranationalisme étriqué qui n'a plus sa place dans la mondialisation.

* 应作者要求匿名。

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