Derrière l’écran, un « nouvel Hitler »?(2ère)

Publié le par Peiyun Xiong

Un nouvel Hitler ?

 

A première vue, la télévision, publique ou privée, n’est pas l’analogue moderne du fascisme d’entre-deux guerres. Comme l’analyse Jean Baudouin, « la télévision aime, au contraire, à donner d’elle-même un visage avenant, souriant et décontracté. »[1]

Malheureusement, nous dit Popper, la télévision a acquis un pouvoir trop étendu au sein de la démocratie. Si l’on ne met pas fin à cette toute-puissance, nulle démocratie ne peut survivre. « Et il est certain que l’on abuse de ce pouvoir aujourd’hui, notamment en Yougoslavie, mais ces abus peuvent se produire n’importe où. L’usage qui est fait de la télévision en Russie est également abusif. La télévision n’existait pas sous Hitler, encore que sa propagande fût organisée systématiquement avec une puissance presque comparable. Un nouvel Hitler disposerait avec elle d’un pouvoir sans limites. » La démocratie, qui consiste à soumettre le pouvoir politique à un contrôle, ne peut subsister durablement tant que le pouvoir de la télévision ne sera pas complètement mis à jour. C’est là sa caractéristique essentielle. En d’autres termes, il ne devrait exister dans une démocratie aucun pouvoir politique incontrôlé. Or la télévision est devenue aujourd’hui un pouvoir colossal; on peut même dire qu’elle est potentiellement le plus important de tous, comme si elle avait remplacé la voix de Dieu. Et il en sera ainsi tant que nous continuerons à supporter ses abus.

 « En fait, les ennemis de la démocratie eux-mêmes n’ont encore qu’une faible conscience de ce pouvoir.  Quand ils auront vraiment compris ce qu’on peut en faire, ils l’utiliseront de toutes les façons, y compris dans les situations les plus dangereuses. [2]» nous dit Popper. Mais alors, « il sera trop trad. » ajoute-il.

Sur ce point, comme l’a dit Jean Baudouin dans « Vers la société ouverte », « On pourrait, en effet, rétorquer à Popper que la télévision accomplit aussi une fonction de pacification des protestations sociales et de délégitimation des intolérances idéologiques, et qu’il n’est pas certain qu’elle pourrait profiter, demain, “ à un nouvel Hitler”. Mais il est certain que l’analyse de Popper jette un éclairage particulièrement riche sur sa propre conception d’une société ouverte. »

 A propos de la culture et de la démocratie, Popper constate que « le bon modèle politique est essentiellement la démocratie, une démocratie qui ne vise pas, au bout du compte, à établir une domination culturelle. […] La caractéristique fondamentale de la démocratie doit être la liberté culturelle des gens, qu’ils ne soient pas dirigés d’en haut. » [3] En ce sens, il nous faut rendre compte que la télévision a anéanti bon nombre d’espoirs dans le domaine de la culture. Par rapport à l’époque de la guerre, nous pouvons dire, aujourd’hui, que nous vivons dans un monde meilleur. Mais notre monde est menacé par un type d’éducation démentielle. C’est la raison pour laquelle nous devons vraiment agir. Une fois que nous aurons mis en place un système d’éducation vraiment responsable, nous pourrons revenir aux jours où la violence était exceptionnelle.

Pour mieux comprendre la pensée de Popper sur les médias et la censure, il faut connaître la signification de démocratie chez Popper. Si l’on prend la traduction littérale du mot « démocratie » en grec, nous dit Popper, il signifie « pouvoir du peuple ». Il consiste à empêcher la dictature ou, en d’autres termes, à empêcher la non-liberté, un type de pouvoir qui ne soit pas l’Etat de droit. L’Etat de droit consiste avant tout à éliminer la violence. Il faut s’efforcer d’éviter le péril de la tyrannie. C’est pour cela qu’ils ont introduit l’ostracisme. Pour Popper, l’ostracisme permettait de chasser du pays toute personne qui serait devenue trop populaire. Celle-ci n’était pas traitée comme quelqu’un qui a été condamné pour avoir commis une faute, ni jugée coupable d’un méfait ; il s’agissait seulement d’une précaution. Comme l’a dit Churchill, la démocratie est la pire forme de gouvernement à exception de toutes les autres. Elle n’est qu’un moyen d’éviter la tyrannie, c’est tout. La démocratie est une façon de préserver l’Etat de droit. « Mais il n’y a pas, dans la démocratie, de principe en vertu duquel la majorité a raison, parce que la majorité peut commettre d’énormes erreurs, mettre en place un tyran… »[4] c’est pour ça que, en Autriche, Hitler a été choisi par plus de quatre-vingt-dix pour cent des électeurs.

Popper soutient que la dictature ou la tyrannie sont quelques choses moralement mauvaises ; pas seulement pénibles, mais moralement insupportable, parce qu’irresponsables. Concernant la démocratie, d’un côté, il y a bien de choses qui devraient être améliorées ; D’un autre côté, « le point essentiel est certainement que nos démocraties ne se distinguent pas assez nettement des dictatures de la majorité. Mais « jusqu’ici, dans l’histoire, il n’y a jamais eu d’Etats dans lesquels les hommes aient pu vivre aussi librement et mener une vie aussi belle, ou meilleure, que celle-ci ».

Bien que Popper soit optimiste, il se soucie de la conséquence de l’abus de liberté. « En Occident, nous vivons dans le meilleur des mondes qui aient jamais existé. Nous ne pouvons pas permettre que cette vérité soit tuée. Les media, qui à cet égard sont les plus grands coupables, doivent être convaincus qu’ils causent de graves dommages. […] Il faut inciter les media à voir et à dire la vérité, à se rendre compte des dangers dont ils sont la cause, à faire, comme toutes les institutions saines, leur autocritique et à s’avertir entre eux. C’est une tâche nouvelle pour eux. […] S’ils ne collaborent pas, il sera quasiment impossible de rester optimiste. » [5]

 

Contre l’abus de liberté des médias

 

Dans ces conditions, que devons-nous faire ?

Pour Condry, c’est l’autorégulation, autrement dit, l’ « autocensure ». Il faut que nous cessions de nous abuser nous-même sur la télévision, et que nous agissions maintenant à partir des connaissances que nous avons. D’un côté, nous devons limiter le temps que les enfants passent devant le petit écran; d’un autre côté, si nous acceptons que les enfants regardent la télévision, nous devons nous efforcer d’améliorer les émission qui s’adressent à eux.

En 1992, en répondant à la question de Giancarlo Bosetti, Popper prônait qu’il fallait malheureusement avoir recours à la censure. Selon Popper, si chacun vivait de façon pleinement responsable et réfléchissait aux conséquences de ses actes sur les enfants, nous n’aurions pas besoin de la censure. Malheureusement, les choix ne sont pas ainsi et la situation n’a fait qu’empirer: les gens veulent de plus en plus de violence et demandent à la télévision d’en montrer de plus en plus.

Il est évident, pour lui, que le moyen de la censure est embarrassant. « Je regrette d’avoir à le dire, nous dit Popper, justement parce que je suis un libéral et que je ne suis pas pour la censure. Mais il est vrai qu’il ne peut y avoir de liberté sans responsabilité. » C’est pour cela que nous nommons la censure qui se construit sur la responsabilité, chère à Popper, la « censure positive », qui entend protéger la société contre les abus, manipulations, violences, bidonnages, mensonges et campagnes d’intoxication des grands médias - qui cumulent puissance économique et hégémonie idéologique -, défendre l’information comme bien public et revendiquer le droit de savoir des citoyens. Pour parler plus simplement, le but de la « censure positive » est de protéger la liberté et les autres valeurs sociales de nos sociétés.

En parlant de la liberté du marché, Popper souligne que la liberté absolue est une obscurité. « Ma liberté n’est compatible avec la liberté des autres. […] La loi nous sert contre la violence, contre l’homicide. C’est la règle, la norme, l’Etat de droit. » Dans ces conditions, la liberté de nos poings s’arrête là où commence le droit des autres de défendre leur nez. L’Etat de droit exige la non-violence, qui en est le noyau fondamental. Malheureusement, de nos jours, la violence fait de plus en plus partie de notre paysage quotidien et est devenue le seul intérêt de bien trop de gens. C’est la raison pour laquelle Popper dit que nous éduquerons mieux nos enfants, en recourant à la censure, et donc nous pourrons avoir plus de liberté. « Nous avons besoin de liberté, écrit Popper en réfléchissant aux paradoxes de la démocratie, comme nous l’avons vu, d’une certaine manière, nous sommes tous coresponsables du gouvernement, même si nous n’y participons pas directement. Mais en contrepartie, cette coresponsabilité exige des libertés, beaucoup de libertés : la liberté d’expression, la liberté d’accéder aux informations, d’en donner, de publier, et bien d’autres encore. Un « excès » d’étatisme aboutit à l’absence de liberté, mais il existe aussi un « excès » de liberté. […] Nous avons besoin de liberté pour empêcher l’Etat d’abuser de son pouvoir, et nous avons besoin de l’Etat pour empêcher que la liberté n’entraîne des abus. […] De toute façon, notre amour de la liberté ne doit pas nous amener à négliger les problèmes liés à l’usage abusif de la liberté. »[6]

 Au nom de l’éducation à la non-violence, Popper préconise la censure des moyens de communication de masse. Il ne renonce pas à la nécessité de l’action politique, dans la mesure où elle contribue à l’équilibre entre le marché libre et l’intervention de l’Etat, à savoir que « sans un minimum d’autorité, les choses ne marchent pas. » Popper repose sur une idée de l’Etat de droit comme garant de la protection de l’individu contre la violence ou l’autorité de l’Etat, mais aussi comme résultat d’un processus de civilisation fondé sur une aversion générale envers la violence, sur un accord général pour l’éviter. Ce qui met en cause la culture, la formation, les normes morales dont s’inspire le comportement des citoyens, leurs relations, l’éducation de leurs enfants. C’est pour cela que Popper préconise que « plus la part de violence sera grande dans la société, plus l’accord général pour l’éliminer s’affaiblira, et plus il faudra étendre le champ des mesures politique répressives. » En ce sens, il apparaît alors que sa perspective n’a rien à voir avec le libéralisme abstentionniste. Pour lui, l’éradication de la violence est la fonction numéro un de l’Etat de droit. Le recours à des mesures vigoureuses à l’encontre des moyens de communication de masse, comme la censure, lui semble indispensable pour mettre un terme à un processus de dégénérescence, mais elles doivent aller de pair avec des politiques d’éducation consolidant l’Etat de droit.

Trois ans plus tard, Popper avance son opinion sur la censure: « La censure est une mauvaise solution: elle va mal avec la démocratie, elle intervient toujours après coup, elle est difficile à systématiser. Il faut trouver autre chose. » Il propose un moyen de confusion de la censure et de l’Etat de droit, en faveur de la « responsabilité » sociale. Voici la proposition de Popper:

 « (Ma proposition) s’inspire du protocole auquel les médecins sont généralement soumis. Les médecins ont un pouvoir important sur la vie et la mort de leurs patients, et celui-ci doit nécessairement subir une forme de contrôle. Les médecins sont surveillés par leurs propres organismes, selon une méthode hautement démocratique. Tous les pays civilisés possèdent de tels organismes, ainsi qu’une loi qui en définit la fonction. Je propose que l’Etat mette en place un dispositif semblable à l’intention de tous ceux qui sont engagés dans la production d’émissions télévisées. Quiconque participe à cette production devrait être titulaire d’une patente, d’une licence ou d’un brevet, qui pourrait lui être retiré définitivement si jamais il agissait en contradiction avec certains principes. Ainsi il pourrait s’instaurer enfin un commencement de réglementation dans ce domaine. Toute personne travaillant pour la télévision ferait ainsi partie d’une organisation et possèderait une licence. Licence qu’elle pourrait perdre si elle enfreignait les règles établies par cette organisation. L’institution qui aurait le pouvoir de retirer la licence serait une sorte d’ordre. Ainsi sous le regard d’une institution, chacun se sentirait constamment responsable et risquerait sa licence dès qu’il commettrait une erreur. Ce contrôle constant serait beaucoup plus efficace que la censure, d’autant que, dans mon projet, la licence ne serait délivrée qu’à la suite d’une formation, suivie d’un examen. Le but de cette formation serait de faire comprendre à ceux qui se destinent à faire de la télévision qu’ils participeront à un processus d’éducation de portée gigantesque. Tous ceux qui feront de la télévision devront, volens, nolens, prendre conscience qu’ils ont un rôle d’éducateur du seul fait que la télévision est regardée par des enfants et des adolescents. »

Ce que les gens de la télévision doivent désormais apprendre, c’est que l’éducation est nécessaire dans toute société civilisée. C’est-à-dire les citoyens civilisés, qui ont un comportement civique, ne sont pas le produit du hasard mais d’un processus éducatif. Or la civilisation consiste essentiellement à réduire la violence. Telle est sa fonction principale et c’est aussi l’objectif que nous visons lorsque nous essayons d’élever le niveau de civisme de notre société. Quiconque travaillera pour la télévision devra connaître les erreurs à éviter de façon à ce que son activité n’ait pas de conséquences néfastes sur le plan éducatif.

Cette licence ne devra donc pas concerner seulement les producteurs, qui ont la plus grande responsabilité dans le choix des programmes, mais aussi les techniciens et les cameramen, etc., puisque tous ceux qui collaborent aux productions télévisées ont une part de responsabilité dans leur diffusion. Ainsi tout employé pourra dire aux directeurs de production : « Je ne collabore pas à cette émission parce que je tiens à respecter mes engagements et que je ne veux pas risquer de perdre ma licence ». Le producteur serait par-là même soumis au contrôle des gens qui travaillent sous sa dépendance. Autrement dit, cette proposition n’a pas seulement un caractère d’urgence, elle correspond aussi à une nécessité absolue du point de vue de la démocratie.

Pour parler plus précisément, Popper proposait d’établir un ordre où, ni le tout-Etat, ni le tout-marché, sur le modèle de l’ordre des médecins, soit habilité à délivrer des permis de téléviser et à fixer ainsi à chaque catégorie de personnel des obligations et des charges précises et personnalisés. Il s’agit d’instruire « une chaîne d’interdépendances et de réciprocités qui est caractéristique du fonctionnement d’une société ouverte bien comprise. A savoir: redonner à chaque maillon de la chaîne médiatique le sens de l’honneur et de la responsabilité, maintenir, parmi l’ensemble des personnels, un état permanent d’effervescence intellectuelle et de conscience critique, établir une sorte de structure panoptique au sein de laquelle les démissions et les lâchetés des uns puissent, à tout moment, être neutralisées par les scrupules et les témérités des autres, éviter ainsi qu’une société à l’apparence démocratique ne couve en son sein un nouveau principe de domestication», analysait Baudouin.

La proposition de Popper a été reprise par Pierre Bourdieu lors d'un colloque de juin 1996 et puis dans son livre « sur la télévision », en luttant contre la manipulation de la liberté de pensée. Une liberté de pensée à laquelle les journalistes renoncent, ficelés qu'ils sont par une concurrence furieuse. Il est bien loin le spectre du quatrième pouvoir. La télévision est un « formidable instrument de maintien de l’ordre symbolique », et ceci à travers différents ordres de censure invisible: la censure politique, l’autocensure et les censures économiques des propriétaires, des annonceurs et de l’Etat. « La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population. », « La télévision fait courir un danger très grand aux différentes sphères de la production culturelle, art, littérature [...], un danger non moins grand à la vie politique et à la démocratie ».

Mais il ne peut y avoir de démocratie si l’on ne soumet pas la télévision à un contrôle. C’est la raison pour laquelle nous proposons de constitue un indispensable contrepoids à l’excès de pouvoir des grands groupes médiatiques.

 

En guise de conclusion

Le cinquième pouvoir

 

Il y a vingt ans, Valéry Giscard d'Estaing a indiqué, « La télévision est le premier pouvoir en France, et non le quatrième. »[7] Ce « quatrième pouvoir » était en définitive, grâce au sens civique des médias et au courage de journalistes audacieux, celui dont disposaient les citoyens pour critiquer, repousser, contrecarrer, démocratiquement, des décisions illégales pouvant être iniques, injustes, et même criminelles, contre des personnes innocentes. Mais avec le temps, le pouvoir véritable des médias est détenu par un faisceau de groupes économiques planétaires et d’entreprises globales, qui sont les « nouveaux maîtres du monde». C’est dans ce contexte que de nombreux médias placent désormais leurs intérêts particuliers au-dessus de l’intérêt général de la société.

Comme l’a souligné Ignacio Ramonet[8], depuis une quinzaine d’années, ce « quatrième pouvoir » a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. Les moyens de communication de masse (stations de radio, presse écrite, chaînes de télévision, Internet) se regroupent de plus en plus au sein d’architectures foisonnantes pour constituer des groupes médiatiques, comme News Corps, Viacom, AOL Time Warner, à vocation mondiale. Préoccupés surtout par la poursuite de leur gigantisme, qui les contraint à courtiser les autres pouvoirs, ces grands groupes ne se proposent plus, comme objectif civique, d’être un « quatrième pouvoir » ni de dénoncer les abus contre le droit, ni de corriger les dysfonctionnements de la démocratie pour polir et perfectionner le système politique. Ils ne souhaitent même plus s’ériger en « quatrième pouvoir », et encore moins agir comme un contre-pouvoir. Il semble urgent de développer une réflexion sur la manière dont les citoyens peuvent exiger des grands médias davantage d’éthique, de vérité, de respect d’une déontologie qui permette aux journalistes d’agir en fonction de leur conscience, et non en fonction des intérêts des groupes, des entreprises et des patrons qui les emploient.

Aujourd’hui, l’information, en raison de son explosion, de sa multiplication, de sa surabondance, se trouve littéralement contaminée, empoisonnée par toute sorte de mensonges, polluée par les rumeurs, par les déformations, les distorsions, les manipulations. Les informations comme des aliments contaminés, « avant on pouvait mourir de faim, maintenant on peut mourir pour avoir mangé des aliments contaminés... » Devant des médias largement pollués et contaminés, les citoyens ont de plus en plus de mal à distinguer le vrai du faux. Il y a trop de poison dans les contenus, et les médias sont gagnés par une conception excessivement mercantile de l’information.

Comme nous avons dévoilé plus haut, cette puissance sans contrepoids devient alarmante pour la démocratie quand elle s’accompagne, comme c’est actuellement le cas, d’une concentration sans précédent : aux Etats-Unis, cinq entreprises géantes détiennent l’essentiel des stations de radio et des chaînes de télévision. En France, trois ou quatre marchands d’armes et constructeurs de bâtiments et travaux publics(Bernard Arnault, Serge Dassault, Arnaud Lagardère, Francis Bouygues, etc.) ont la haute main sur la majorité des médias. C’est la raison pour laquelle Marie Bénilde ironise quand elle dit que les médias français sont une affaire de familles. [9]

La liberté des médias n’est que l’extension de la liberté collective d’expression, fondement de la démocratie. Elle implique une « responsabilité sociale » des médias. Et son exercice doit donc se faire, en dernière instance, sous le contrôle responsable de la société.

On manipule une télécommande, mais qui est manipulé par la télé ? C’est déjà une grande question pour une société ouverte soutenue par Karl Popper. Heureusement, depuis « le vibrant cri d’alarme » de Popper, il y a de plus en plus de citoyens qui constatent que les médias sont aujourd’hui le seul pouvoir sans contre-pouvoir, et qu’ils se sont créés un déséquilibre dommageable pour la démocratie. Il nous faut défendre la société au quotidien, en luttant contre toutes les origines fascistes et pernicieuses. C’est justement dans ce contexte que de nombreuses organisations, comme l’Observatoire international des médias[10], ont été créées récemment, et que de nombreux citoyens s’engagent contre l’abus des médias dans le monde.

Finalement, ce que nous estimons plus dangereux qu’un « nouvel Hitler », c’est le relâchement de vigilance et de précaution en face de ce risque. En ce sens, grâce à des travaux de « correction » graduelle et la « responsabilités sociale », chère à Popper, nous devons être optimiste pour l’avenir, puisque les téléspectateurs sont en éveil. Et ce n’est que dans ces conditions, comme l’écrit si bien Popper: « Être optimiste est un devoir moral».

 

 

 

 

Bibliographie

 

« La télévision, un danger pour la démocratie », Karl Popper

« La leçon de ce siècle », Karl Popper

« La Société ouverte et ses ennemis », Karl Popper

« Misère de l'historicisme », Karl Popper

« Le temps prisonnier : Des enfances volées par la télévision », Liliane Lurçat

« La Fabrique de l’opinion publique », Noam Chomsky

« Critique de la communication », Lucien Sfez

« Du côté du public: Usages et Réceptions de la télévision », Brigitte Le Grignou

« L’homme à l'âge de la télévision », Jean-Jacques Wunenburger

« Sur la télévision », Pierre Bourdieu

« Le cinquième pouvoir », Ignacio Ramonet, le Monde Diplomatique

 



[1] Idem.

[2] Idem.

[3] Voir  « La leçon de ce siècle», Karl Popper

[4] Idem.

[5] Idem.

[6] Idem.

 

[7] Extrait de l’émission TV Face à la 3 - 7 novembre 1984

[8] Voir « Le cinquième pouvoir », Ignacio Ramonet, le Monde Diplomatique, octobre 2003, Pages 1 et 26

[9] Voir «Médias français, une affaire de familles », Marie Bénilde, le Monde Diplomatique, novembre 2003, Page 3.

[10] Plusieurs observatoires nationaux des médias sont en cours de constitution, Comme ses homologues des autres pays, l’Observatoire français a été créé en septembre 2003.

Publié dans La Com 思想国传播

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